LA CONSTRUCTION DU MONUMENT AUX MORTS D’UZES

 

Depuis le début de l'année scolaire, M Cabane a emmené ses élèves à la découverte de la ville d'Uzès. Ces visites ont permis aux élèves de travailler au sein des archives de la ville.

L'article suivant a été écrit en février 2019 par les Premières L du Lycée, avec l'aide de Mireille Olmière (archiste municipale) , de Maryse Cathébras (historienne auteure de deux livres sur Uzès), de Thierry de Seguins-Cohorn (adjoint à la mairie) et de Romain Bétirac (conseiller municipal).

 

« Le dimanche 24 avril 1921 toute la population uzétienne est invitée à l’inauguration du Monument aux morts. La décision de sa construction avait été prise en Conseil municipal huit jours seulement après l’Armistice du 11 novembre 1918, alors qu’on ne savait même pas encore le nombre exact de soldats uzétiens morts à la guerre. Dès l’été 1919, des plaques avec les noms des paroissiens morts étaient apposées dans la cathédrale, dans l’église Saint-Etienne et au temple (à l’automne). Mais ce n’était pas suffisant pour honorer les morts…

C’est le duc d’Uzès, alors Maire de la ville, et lui-même ancien combattant, qui préside au « Comité de glorification des enfants d’Uzès morts pour la France », chargé d’ériger un véritable Monument digne du sacrifice consenti. Plusieurs questions se posent alors : comment le financer ? quel projet retenir ? quelles entreprises choisir ? où placer le monument ? quels noms inscrire dessus ?

Plusieurs souscriptions sont effectuées auprès de l’ensemble de la population uzétienne afin de récolter des fonds. Au total, le Comité récolte un plus de 16 000 francs auprès de plusieurs centaines d’Uzétiens, toutes tendances politiques et religieuses confondues ; ce qui constitue un peu moins de la moitié du coût total. Le reste est constitué de subventions.

L’architecte uzétien Albin Pialat s’occupe du chantier. L’entreprise nîmoise d’Alexandre Bonne construit d’abord une sorte de grosse stèle (ou tour) en pierre. Et le statuaire marseillais Paul Gondard coule un coq en bronze pour surmonter fièrement le monument. Contrairement à beaucoup de communes, le Monument d’Uzès ne représente pas un Poilu et ne comporte pas de symboles militaires très visibles. C’est un monument « patriotique » qui évite tout nationalisme, militarisme et esprit de revanche. Il n’est pas non plus doloriste, pacifiste ou antimilitariste.

Mais où le placer ? Il fallait qu’il soit vu de tous et qu’il puisse accueillir des manifestations. Un lieu s’impose assez vite : en haut de l’Esplanade (qu’il a fallu alors réaménager parce que jusque-là la route passait au milieu de l’Esplanade).

Reste la difficile inscription des noms gravés. Qui mettre ? Comment faire avec les soldats disparus ? Faut-il attendre qu’une décision de justice les déclare officiellement morts ? Faut-il aussi attendre que tous les prisonniers reviennent ? Mais certains sont encore gravement blessés ou sont morts en captivité sans que l’on sache forcément leur identité. Plusieurs soldats (au moins 7 à Uzès) meurent après la guerre (de maladie ou d’accident) car ils restent mobilisés parfois jusqu’à la fin de l’année 1919. Enfin, des soldats succombent à leurs blessures plusieurs mois, voire plusieurs années, après l’Armistice. Finalement c’est 144 noms qui seront gravés.

Mais qui, parmi le nombreux public venu assister à l’inauguration en ce dimanche du printemps 1921 du Monument qui devait marquer « la Der des Ders », pouvait se douter qu’il faudrait ajouter encore des noms : 24 soldats pour la Deuxième Guerre mondiale, 3 civils pour la Résistance et la Libération d’Uzès en 1944 et 6 soldats pour la Guerre d’Algérie ?  »

Les Premières L, février 2019